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Notre reine

Que s’est-il passé ?


À chaque fois que nous parlons d’une femme dans la communauté hip-hop, l’impression donnée est que cela correspond à une envie d’égalitarisme de la bien pensance, certain diront que c’est normal parce que le hip-hop est un univers masculin. Sauf que là, nous sommes face à celle qui a former la moitié des danseurs et danseuses qui sont aujourd’hui nos exemples ou mentors.

Le constat le plus inquiétant, c’est de s’apercevoir que le nom de Max Laure Bourjolly ne fait pas partie ou très peu de nos références et pourtant son nom et son histoire devraient faire partie du panthéon de la culture hip-hop.

Vous aurez raison de penser que mon manque de culture ne reflète que mon manque de curiosité. Néanmoins je suis désolé de dire que très peu d’anciens m’ont cité son nom juste pour l’exemple. J’ai toujours entendu des références d’un autre continent.

Après avoir lu ce blog, il faudra juste m’expliquer à quel moment la transmission de son histoire est devenue apparemment inutile.

La famille de coeur


Max Laure née en 1967  originaire d’Haïti comme moi. Elle est arrivée en France à l’âge de 7 ans. Son attachement à la danse a toujours été une évidence pour son entourage. Elle est autodidacte et ses influences sont multiples. Celle qui l’aura le plus marquée au niveau du hip-hop sera  le film BEAT STREET 84, la musique, les couleurs, l’ambiance ; elle y verra l’énergie et le style qui lui ressembleront le plus .





Elle se définirait comme une danseuse de club ,le Gibus,le globo,le Bataclan, le Rex Club et bien d’autres clubs seront ses terrains de jeu. C’est à la LA MAIN JAUNE  un lieu mythique où les danseurs et rollers se côtoient, qu’elle fera  une rencontre cruciale. Malgré qu’elle ne connaissait pas les codes du hip-hop, elle ne laissait personne indifférent, car même des danseurs d’expérience  dont les membres des black blanc beur (B3) qui viennent du 78, viendront lui proposer de venir danser dans leur collectif. L’alchimie entre elle et les black blanc beur, opère directement. Ils avaient  tous des styles uniques. ils sont dès 1984  la première compagnie de hip-hop. N’oublions pas que Max est encore lycéenne et de plus habite à Levallois. Avez-vous  déjà essayé le chemin en transport ?! Si oui, imaginez en 1985. Le mot passion prend une autre dimension.


Son expérience scénique est inexistante, mais son ora et son énergie feront d’elle une pièce maitresse. Donc à peine arrivée, elle y trouva sa place et participera à une émission de TV avec le collectif.

Elle sera une femme de caractère, influente par l’énergie masculine, tout en gardant sa féminité.

La vie avec les B3 sera avant tout un exutoire. Ne pensant même pas  devenir une danseuse professionnelle,  tout son entourage lui rappellera  que sa vie n’est qu’une illusion, car danser n’est pas la vraie vie.

Passer toutes ses soirées en club était devenu problématique pour une jeune demoiselle sans faire trop de clichés. Et comme je vous l’ai dit précédemment, je suis moi-même originaire d’Haïtiennes et je connais toute la dimension des femmes, je suis d’autant plus étonné de m’apercevoir qu’elle réussira à braver tous ces interdits.

« Mes parents auront mis tous en œuvre pour que la danse ne soit qu’une utopie, car n’imaginant pas que faire danser les gens puisse payer un loyer 15 ans après des questions se pose toujours »...

Pour justement ne pas aller à l’encontre de sa famille, elle trouva un travail dans une boutique afin d’y trouver un équilibre. Cela fût une réussite totale, car après avoir débuté sa mâtinée, il lui aura fallu quatre heures pour comprendre que cette vie ne serait pas la sienne. Cette expérience courte, mais intense, sonnera le glas d’une réelle prise de conscience personnelle, pour se donner corps et âme à sa passion qui deviendra sa vie.


Elle sera donc pleinement investie dans B3 première compagnie hip-hop de France dès 1984, qui n’était pas une compagnie ordinaire, chaque danseur était rempli d’une singularité. Comme Max, les clubs feront partie de leur formation.

Son statut, son ora, auront comme conséquence de provoquer jalousie et méfiance, qui auront comme conséquence,  n’ont pas un Battle ni call out, mais plutôt la notion de défi, le terme utilisé à l’époque pour marquer ce moment où chacun doit marquer sa singularité.

Mais ce défi ne se fera pas comme tout le monde à l’image de Max, un lieu mythique comme le Gibus, le DJ de référence Dynastie, et les adversaires, Max Laure contre toutes les femmes importantes de l’époque, telle Karima ( aktuel force) ou même Anick Arnold et bien d’autres .

Ce jour marquera un peu plus son statut de reine de la culture hip-hop, car elle saura répondre à chacune d’entre-elles sans ne jamais perdre face.

Les femmes  viendront également la féliciter et même Junior Almeida qui à l’époque était aussi une référence, viendra la féliciter pour ce défi. En lui disant que maintenant qu’elle avait marqué son empreinte, elle devait y rester.

Boogie sai


Son nom, son niveau, sa prestance, auront comme conséquence naturelle qu’elle soit  dans la transmission. Car assez naturellement, elle aura l’opportunité de donner des cours dans un lieu habituellement réservé aux danses académiques comme CITE VERON ,elle sera encore une fois pionnière, car  première femme a y donner des cours de danse hip-hop (Académie Des Arts Chorégraphiques Paris)

Elle n’aura pas à attendre une saison pour que ses cours soient connus, car toute la communauté hip-hop et bien d’autres, seront au rendez-vous. L’envie  que chaque danseur se forme à la chorégraphie l’étonnera, et voir une salle comble avec plus de 60 personnes sera une motivation de plus. Les danseurs importants  de l’époque viendront assister à ses cours, même un certain  Kamel Ouali viendra prendre ses class et certains danseurs des Etats Unis également, choqués par l’énergie présente dans ses cours. Elle sera l’une des premières à avoir des cours avec DJ, qui Jiji dépassera les frontières.


La puissance de sa transmission provoqua une dynamique t-elle que cela gênera la naissance de beaucoup de groupes dans le capital.

Une nouvelle étape va suivre encore grâce au club, elle rencontrera des danseurs comme Dominique Lisette qui lui feront la demande qu’elle devienne leur chorégraphe avec l’aide de Alex Benth qui était plus qu’un binôme. De là elle mettra en place l’audition  pour la création de bougies sai. La compagnie débutera fin 1990 dans la ville de Drancy,  et leur première scène qui a lieu sur la scène nationale de Beaubourg en 1991, sera tout de suite un clap artistique. En 1998, il y a eu la deuxième grande création qui s'intitule "Une basket pour Cendrillon", un conte classique adapté en conte hip-hop.

En 1994 la Tcd donnera une chance exceptionnelle pour les compagnies t-elle que Boogie sai de participer à un compte qui s’appellera Sodebo et qui réunira tous les collectifs phares de l’époque tel que Makadam, Boogie sai,aktuel force,Art zone. Mais cette belle aventure provoquera la fin d’une autre, les B3, car le chorégraphe refusera qu’elles puissent tout faire coïncider.

Après 11 ans de bon et loyal service, elle devra stopper le chapitre d’une vie.





Les clips et la TV

Grâce à toutes ses expériences, son importance à la TV n’était plus à faire puisque dès 1984 elle y sera présente grâce au B3.

En 1991 elle fera partie des danseurs de l’album de Mc Solar « qui sème le vent récolte le tempo »

Ce clip diffusé sur MTV sera une première, car à l’époque aucun clip français ne passait sur MTV monde, et l’on ne voyait pas de danseuse de la tête au pied.

Le chorégraphe de Mc Solar de l’époque mettra en place  un casting pour la tournée. Mais à ce moment-là Max, qui était partout, jugera inutile de le faire considérant que son niveau n’étais plus à tester. Nous ne parlons pas d’arrogance, mais plutôt d’une confiance en soi digne d’un cracheur de feu.

Ces collaborations seront multiples comme TRIBAL, I AM, MÉNÉLIK, PRINCESS ÉRIKA, OPHÉLIE WINTER, NADIYA.

Elle continuera à faire vivre Bougie Sai en mettant en place de nouvelles auditions qui intégreront des danseurs tel que Ange échoué , Bruce Ykanji,physs, Francis, Anick Anorld en feront partie.

Lorsqu’on sait la place qu’occupent tous ces danseurs, je vous laisse imaginer son impact qu’on ne mesure même pas.

Elle sera également chorégraphe du film bouge  de Jérôme Cornuau avec comme vedette Ophelie Winter. Elle sera dans tous les projets phares des année 90/2000.

Elle réussira à imposer un regard nouveau sur les danseurs sans jamais laisser les productions lui imposer une ligne de conduite, chacun pouvant rester authentique.

Cette article est le premier où malheureusement,  je ne pourrai pas m’appuyer sur la principal concernée.

Néanmoins de ses multiples interviews ressort le message rempli de force, ne laissant jamais personne lui imposer quoi que ce soit. On peut sentir que l’évolution de la culture hip hop serait un mélange entre la fierté d’avoir accompli autant, mais également la frustration de voir apparaitre une mentalité qui ne correspond pas aux valeurs du hip-hop .



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